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26 juin 2006

Les musées se convertissent à la gestion

Léna Lutaud et Mathilde Visseyrias

26 juin 2006, (Rubrique Entreprises), Le Figaro

Comme les autres, le Musée du quai Branly, inauguré la semaine dernière, doit s'organiser pour gagner de l'argent, quitte à sous-traiter certaines fonctions.
LES TEMPS ont changé. Si l'État n'impose pas encore aux musées nationaux d'être rentables, il leur demande de gagner plus d'argent par eux-mêmes. Inauguré en grande pompe par Jacques Chirac la semaine dernière, le Musée du quai Branly a appliqué cette nouvelle règle avant même son ouverture.
«Nous sommes garants d'une mission de service public couvrant à la fois l'exposition et la conservation des oeuvres du musée, la gestion d'une médiathèque, ainsi que des activités de recherche et d'enseignement. Cependant, toutes nos opérations commerciales doivent être rentables», explique Pierre Hanotaux, directeur général délégué du musée, qui gère un budget annuel de 43 millions d'euros.
Pour y arriver, cet inspecteur des finances espère couvrir environ 20% de ses dépenses grâce aux recettes propres du musée, dont les tickets d'entrée à 8,50 euros constitueront la principale ressource. Le solde proviendra surtout du mécénat et des concessions accordées par le musée à des sociétés privées. Il a ainsi confié la gestion de sa librairie à la Réunion des musées nationaux et les trois restaurants au groupe Elior. «Pour amortir leur investissement de départ, qui est lourd, il a été entendu que ces entreprises ne verseraient aucune redevance pendant les deux premières années d'exploitation. Dès 2008, en revanche, le musée bénéficiera de ces revenus», précise Pierre Hanotaux.
Une première en France
A l'instar du Louvre qui prend entre 5 000 et 24 000 euros par tournage, le musée compte aussi d'ici six mois louer ses espaces. L'auditorium, le hall d'accueil et la galerie jardin pourront ainsi être utilisés pour des tournages de films ou pour des défilés.
Enfin, pour alléger ses coûts, le musée a sous-traité à Faceo, filiale de Thales et Cegelec, l'accueil, le nettoyage, le gardiennage et la restauration du personnel, mais aussi le dispositif de sécurité et l'exploitation du système informatique. Ce contrat de 40 millions d'euros s'étale sur quatre ans. «C'est une première en France pour un établissement public, se félicite Brigitte Bouquot, directeur grands comptes du secteur public de la division services de Thales. Le musée a lancé l'an dernier un appel d'offres, auquel nous avons répondu en compétition avec Dalkia, Suez et Bouygues. Il avait le souci de ne pas gérer en propre ses services généraux. C'est donc nous qui emploierons le personnel de ces services, soit près de 200 salariés : une véritable petite PME dans le musée !» Selon cette spécialiste, la future Cité de l'architecture et du patrimoine, qui sera située dans une aile du Palais de Chaillot, a déjà dit qu'elle allait faire la même chose.
Toujours pour mieux remplir leurs caisses, les musées nationaux louent de plus en plus leurs mètres carrés pour des réceptions et des réunions professionnelles. Aujourd'hui, les actionnaires et les journalistes économiques ne s'étonnent plus d'assister à l'assemblée générale de grandes sociétés cotées en Bourse comme LVMH et Carrefour, dans une des salles du Centre Pompidou ou du Louvre.
Le Quai d'Orsay bon élève
Mais selon Bruno Monnier, président de Culturespaces, filiale de Suez qui gère entre autres le Château des Baux-de-Provence et le Musée Jacquemart-André, les musées nationaux ont encore des progrès à faire s'ils veulent améliorer leurs comptes. «Leurs recettes ne couvrent en moyenne que 30% des charges, alors que les 13 établissements que nous gérons sont tous rentables, déclare-t-il. Leurs niveaux de charges, en particulier fonctionnelles, sont 20 fois plus élevés que chez nous. C'est là qu'ils ont un effort important à faire.» Selon cet expert, pour gagner plus d'argent, les musées auraient intérêt à ouvrir plus souvent leurs portes. «Ils sont fermés 60 jours par an, alors que les établissements que nous gérons ouvrent 7 jours sur 7», constate Bruno Monnier.
Au final, le Musée du quai Branly s'en sortira-t-il aussi bien que les bons élèves comme le Quai d'Orsay qui s'autofinance à 55%, contre 39% pour le Louvre et 17% pour le centre Georges-Pompidou ? Réponse en 2007, lors du prochain classement du magazine Journal des arts. Publié chaque année en mai depuis trois ans, ce palmarès classe les 300 musées de France selon la qualité de l'accueil, leur dynamisme et leur politique d'acquisitions.
Grand vainqueur de l'édition 2006, le Musée du Louvre est talonné par ses éternels challengers, le Quai d'Orsay et le Centre Georges-Pompidou. Le Musée d'art moderne de Lille arrive en quatrième position devant le Musée d'art de Roubaix. Le palmarès montre que la gestion des musées est difficile : si tous ces musées ont attiré 32 millions de visiteurs en 2005, soit une hausse de 5% par rapport à 2004, cette fréquentation est absorbée à 49% par les trois géants parisiens.

http://www.lefigaro.fr/eco-entreprises/20060626.FIG000000291_les_musees_se_convertissent_a_la_gestion.html#