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22 mai 2006
«Il y aura besoin des experts et des commissaires-priseurs pour sécuriser les enchères sur le Net»
Par Vincent NOCE
lundi 22 mai 2006 (Liberation.fr - 12:09)
22 millions d'objets sont en permanence mis aux enchères sur le Net, avec un renouvellement très rapide: chaque jour, cinq millions de nouveaux lots sont proposés. A l'initiative d'Hervé Poulain, président du Conseil national du marché de l'art, qui regroupe les différents syndicats du commerce de l'art, plus de cent cinquante professionnels ont débattu, lors d'un colloque, vendredi au ministère de la Culture, de cette question des enchères sur le Net. Etaient présents aussi bien commissaires-priseurs ou experts que les intervenants sur ce marché (eBay, Artnet, Ivoire…). Le colloque a souligné le besoin pressant pour la France de s'adapter au e-commerce qu'Hervé Chayette, qui préside le syndicat des maisons de ventes aux enchères, qualifie de véritable «pompe aspirante». Problème: le gouvernement, qui devrait être le premier à accompagner cette mutation, par une réforme juridique notamment, est aux abonnés absents. Le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres est passé saluer les participants au colloque, sans proposer le moindre début de réponse aux attentes de la profession. Hervé Chayette explique les enjeux de la vente en ligne.
Quelle leçon tirer du colloque?
Les ventes aux enchères sur le Net sont en train de bouleverser le paysage du commerce des biens mobiliers de toutes sortes. Même si elles ne concernent aujourd'hui que des biens de faible valeur, elles font office de pompe aspirante. La profession est obligée d'investir ce terrain et de trouver les outils pour s'y adapter.
Une des raisons du retard français tient sans doute au vieillissement de la corporation des commissaires-priseurs…
Justement, il faut pouvoir profiter du rajeunissement des cadres. Alexandre Millon (fils de l'ancien président, dix-huit ans durant, de Drouot) organise ainsi avec eBay des ventes retransmises sur le Net. Antiquorum, à Genève, tient des ventes en ligne depuis longtemps.
Et Drouot?
La question est de savoir si Drouot doit développer son propre outil ou trouver des synergies avec les opérateurs existants. Il faudrait lancer des études sur l'économie de ces projets. La principale entrave aux enchères sur le Net est la sécurisation des opérations (2). C'est sur ce point que peut se jouer la confluence entre les opérateurs nouveaux et traditionnels. Il y aura bien besoin des experts et des commissaires-priseurs pour sécuriser la nature et la qualité des biens mis en vente. Quant à la sécurisation des paiements, elle est moins un problème aujourd'hui. Du reste, même dans les salles, le paiement n'est jamais assuré à 100%.
Vous avez aussi abordé les obstacles juridiques…
François Duret-Robert, journaliste et professeur à l'Ecole du Louvre (2), a souligné que la loi de 2000 posait un problème très délicat en excluant les «biens culturels» des ventes sur le Net. Or, un décret devait suivre définissant le «bien culturel». Il n'est jamais venu et le représentant du ministère, interrogé, a botté en touche. On voit bien qu'ils ne sont pas prêts à s'y attaquer. La loi définit la vente aux enchères sur le Net comme une forme de courtage dans une vente entre particuliers, ce qu'elle n'est pas du tout. C'est un point qui nous inquiète beaucoup. On pourrait ainsi imaginer que demain quelqu'un vende lui-même aux enchères son château, avec les tableaux et les meubles, en prétendant qu'il s'agit ainsi d'une cession entre particuliers, sans mandataire. Toute la protection offerte par le système français, qui requiert des sociétés agréées avec tout un arsenal de garanties, s'écroulerait alors. Une avancée juridique est donc indispensable pour accompagner cette évolution du marché.
(1) «Libération» a ainsi dénoncé ces dernières années, hors de France, la mise aux enchères en ligne d'un faux Rembrandt et d'un faux Van Gogh, impliquant notamment eBay.
(2) Auteur notamment du Dalloz sur le droit et le marché de l'art.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=383995
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