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09 avril 2006
Le retour des Klimt
Cinq toiles de Klimt retrouvent leur famille à Los Angeles
LE MONDE | 07.04.06 | 16h26 • Mis à jour le 07.04.06 | 18h26
LOS ANGELES (correspondante) Claudine Mulard
ci, à Los Angeles, les tableaux ont l'air plus grand ! Je suis si heureuse, enfin...", s'exclame Maria Altmann, Américaine d'origine autrichienne âgée de 90 ans, manifestement ravie de redécouvrir les cinq tableaux de Gustav Klimt restitués à sa famille par la République autrichienne, à l'issue d'une longue bataille juridique. "Il y a soixante-huit ans, ces tableaux ont été volés dans la maison de mon oncle, à Vienne", poursuit-elle, assise devant le portrait doré d'Adèle Bloch-Bauer (1907), sa tante, qu'elle a connue enfant, et qui a disparu en 1925, à l'âge de 43 ans.
"Adèle avait des idées d'avant-garde", assure la grande dame très digne. Autour d'elle, dans la galerie du Los Angeles County Museum of Art (Lacma), qui expose les cinq Klimt de la collection de Ferdinand et Adèle Bloch-Bauer jusqu'au 30 juin, un second portrait d'Adèle, réalisé en 1912, dans une gamme chromatique de bleus et de verts, ainsi que trois paysages : Forêt de bouleaux (1903), Pommier 1 (1911), Maisons à Unterach sur le lac Atter (1916). Les œuvres n'avaient jamais été présentées ensemble aux Etats-Unis.
Ces tableaux avaient été commandités ou achetés par son oncle, l'industriel juif Ferdinand Bloch-Bauer. Il avait été forcé de les abandonner avec tous ses biens quand, fuyant les nazis, en 1938, il s'est installé en Suisse. Après la guerre, le gouvernement autrichien a affirmé sa propriété sur les cinq tableaux, qui comptaient parmi les joyaux de la collection du musée du château du Belvédère, à Vienne, en se fondant sur un testament d'Adèle, morte en 1925. Celle-ci avait décidé de les laisser au musée viennois. Mais la validité du testament a été remise en cause, et son mari hérita des oeuvres, qu'il légua à son tour à ses trois neveux, dont Maria Altmann est la seule survivante.
Aussi, en 1998, sur la foi des recherches menées par le journaliste autrichien Hubertus Czernin dans les archives nationales, Maria Altmann a demandé à E. Randoll Schoenberg, le petit-fils du compositeur Arnold Schoenberg – lui-même un juif autrichien émigré à Los Angeles –, d'intenter une action en justice pour récupérer l'héritage de sa famille, l'Autriche refusant toute transaction financière.
Le jeune avocat a remporté une première victoire en juin 2004, quand la Cour suprême des Etats-Unis a décidé que les tribunaux américains étaient compétents pour trancher l'affaire opposant Maria Altmann à la République autrichienne. Finalement, les deux parties ont accepté l'arbitrage d'une commission qui, en janvier, a décidé la restitution des tableaux aux héritiers.
Le gouvernement autrichien, qui avait la possibilité de faire une offre d'achat portant sur ces œuvres, a déclaré ne pas être en mesure de lever les fonds. "Je ne comprends pas cette décision, ces tableaux sont de si bons ambassadeurs du passé de l'Autriche, indique avec amertume Hubertus Czernin. Il semble que notre gouvernement ait suivi un sondage d'opinion indiquant que la majorité du pays n'était pas favorable à un rachat des tableaux." Pourtant, un groupe de citoyens soucieux de sauvegarder un patrimoine national aussi précieux a entamé une collecte de fonds privés.
RUMEUR DE VENTE AUX ENCHÈRES
Mais la réticence des Autrichiens est une aubaine pour le Musée de Los Angeles, qui engage actuellement sa rénovation, conduite par l'un des architectes du Centre Pompidou, Renzo Piano, et qui a monté cette exposition en un temps record. Et c'est un début magistral pour son tout nouveau directeur, Michael Govan, qui va présider à l'ambitieuse transformation de l'institution californienne.
Que vont devenir les tableaux ? Maria Altmann a confirmé au Monde, dans un français impeccable, son intention de vendre les peintures à un musée, plutôt qu'à un collectionneur privé, "afin qu'elles restent accessibles au public, comme le souhaitaient [son] oncle et [sa] tante". Elle préférerait les voir rester à Los Angeles : "Ma nouvelle patrie, la ville qui m'a accueillie quand j'ai fui les nazis." D'autant que de nombreux artistes européens ont trouvé refuge dans la ville californienne – Thomas Mann, Billy Wilder, Otto Preminger... Le Lacma avait d'ailleurs organisé, en 1997, une exposition "Exilés et émigrés : les artistes européens qui ont fui Hitler". Si Stéphanie Barron, conservatrice en chef de l'art moderne au Lacma, et Michael Govan, son directeur, rient nerveusement quand on leur demande s'ils ont l'intention d'acquérir ces cinq tableaux de Klimt, c'est sûrement à cause de leur prix, estimé à environ 300 millions de dollars. "Je peux confirmer que nous faisons des efforts pour les garder !", reconnaît M. Govan.
Une rumeur parle d'une vente aux enchères par la société Christie's, où la mise à prix du seul portrait Adèle "dorée" pourrait dépasser les 100 millions de dollars. Les mésaventures des cinq tableaux, volés, confisqués, disputés puis récupérés, ne sont pas pour rien dans cette flambée.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-759336@51-759416,0.html
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